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Protéger Cayeux de la mer et de ce PPRN
La préfecture de la Somme a adressé pour avis aux communes des Bas-Champs, au mois de décembre dernier, Son projet de plan de protection des risques naturels (PPRN). Le conseil municipal de Cayeux, lors de sa séance du 16 décembre, a voté à l'unanimité le rejet de ce plan, pour ce qu'il apparait largement inadéquat à la réalité du territoire.
La diffusion de ce projet que nous attendions depuis près de 4 ans, toute construction ou presque ayant été bloquée en l'attendant, a semble-t-il profité de la tempête du printemps dernier et des proclamations gouvernementales d'urgence nationale et d'actions obligatoires qui, faute de l'avoir envisagée et préparée, l'ont suivie. Aussi le document qui a été soumis à l'avis du conseil municipal résulte plus de « l'effet Xynthia » que d'une prise en compte des risques et des enjeux concrets et spécifiques de Cayeux.
Les risques
Ils sont réels, bien sûr, et bien connus. Il en existe toute une histoire, remontant loin dans le temps, et dont les Cayolais ont la mémoire. La dernière grande invasion de la mer ne date que de vingt ans.
Pour autant, ce risque est limité, et, parce que connu, relativement bien maîtrisé. Certes, des précautions sont nécessaires et de longtemps acceptées et pratiquées. Là encore, l'histoire, assez aisément accessible, nous apprend beaucoup[1]. En outre, sur le territoire des Bas-Champs, les submersions ne sont pas létales. En 1990, malgré l'étendue de l'inondation, et si nombre d'habitations et d'équipements ont souffert, personne n'a été blessé ni, a fortiori, tué.
Sans doute le réchauffement climatique, quelles que soient l'importance et la date de ses effets accroîtra ces risques. Il est donc sage de le prendre en compte. Mais il faudrait aussi prendre en compte les équipements de défense côtière existants ou en projet. Ceux-ci sont de trois sortes, on s'en souvient : d'abord une digue naturelle de galets, conséquente bien qu'affaiblie, d'une efficacité toute différente de celle des digues « protectrices » mises en cause en Charente Maritime et en Vendée lors de la tempête de février 2010 ; ensuite, un système d'épis avec remplissage de galets, dont la prolongation a été décidé devant la partie urbanisée et actuellement fragilisée de la commune ; un éventuel retrait maîtrisé du trait de côte dans certaines zones (le Hâble d'Ault), à l'étude aujourd'hui.
Rien dans le projet de la préfecture ne montre que ces équipements ont été effectivement pris en considération. Ils sont pourtant la continuation, aujourd'hui, de ce qui a été depuis des siècles l'action des Cayolais et des services publics qui ont aidé, techniquement ou financièrement, à la défense des Bas-Champs.
Est-ce qu'il nous faut comprendre que ces équipements, voire l'idée même de défense de notre territoire ne sont pas souhaités par l'Etat ou que celui-ci les pense inutiles ?
Les enjeux
On en vient, en lisant ce projet et quels que soient les attendus qui le présentent, à se demander à quoi - et à qui - sert le PPRN ? Que veut-on vraiment protéger ?
Il est facile de comprendre qu'il permet à l'Etat de se défausser des carences et des erreurs qui ont été précédemment les siennes ou qu'il a bénies. C'est une part essentielle de l'« effet Xynthia ». L'énergie verbale exhibée pour s'attaquer avec la dernière vigueur au problème des littoraux - et parfois bien légèrement comme on a pu le voir à Cayeux lors de la visite du préfet -, à annoncer les sommes considérables qu'on pourrait y investir (une annonce, ça coûte combien ?) a pour vertu première de cacher les longues années antérieures de laxisme. La dramatisation du risque fait partie d'un scénario de dévoiement de l'attention du public.
Ce fort et généreux mouvement de protection des citoyens et de leurs biens se retrouve dans le projet qui nous est présenté. La préfecture a sorti le grand parapluie : si on la suit et accepte son document, pendant cent ans rien ne pourra arriver. Et Cayeux pourra mourir lentement.
Protéger Cayeux et les Bas-Champs des risques qu'induit la mer ne devrait pas s'effectuer au détriment de la vie de la commune et du territoire. C'est pourtant sa lente mais certaine agonie que propose ce projet. Sans doute certaines activités pourront demeurer : l'extraction de galets par exemple, que rien dans ce que propose le document ne viendra gêner. Mais les agriculteurs auront le plus grand mal à se moderniser, les petites entreprises, faute d'emplacement, fuiront la commune, l'essentiel de la partie urbanisée deviendra inconstructible, la maison de retraite perdra la possibilité de s'agrandir, les artisans ne pouvant plus rénover et améliorer l'habitat existant péricliteront, etc. Ce handicap ne sera pas évidemment pas compensé par un hypothétique développement au nord de l'agglomération actuelle et dans ses hameaux. Pourtant, Cayeux peut et sait vivre avec ces risques, à condition que les pouvoirs publics jouent vraiment leur rôle, la preuve en a largement été apportée.
Est-ce qu'il nous faut comprendre que l'intention de ce projet est, renouvelant avec des projets antérieurs[2], de vider Cayeux pour, une fois ses ressources minières épuisées, l'abandonner à la mer.
La recherche d'un développement durable
L'enquête publique, première étape de la décision de l'administration est censée commencer le 9 février. La préfecture a mis plus de 3 ans à sortir ce document et nous laisse deux mois pour l'étudier, le discuter, l'amender ou le rejeter. Ce doit être ce qu'on appelle la concertation...
Nous ne refusons pas l'établissement d'un PPRN, nous savons les risques et qu'il faut s'en protéger. Mais nous voulons que ce plan soit au service du développement de la ville et du territoire plutôt qu'une couverture pour l'Administration. Pour cela, une première mesure, indispensable, est le report de l'enquête publique. Il est nécessaire que les Cayolais, leurs élus, leurs associations, puissent s'emparer du dossier, l'enrichir de leur connaissance de la côte, de la mer, du vent, du pays. Le temps doit être donné pour regarder parcelle par parcelle, pour échanger avec les techniciens qui ont travaillé à ce projet et ont, avec leurs méthodes et leurs moyens propres, leur propre point de vue.
Les enjeux globaux du développement de la ville doivent être pris en compte : à quoi servirait de protéger pour étouffer ? Au-delà des aspects purement techniques, il s'agit donc d'intégrer le PPRN dans la politique de la ville, dont il sera en tout état de cause une partie, de faire dialoguer les précautions avec les projets, la défense et l'avenir : la possibilité d'un développement durable, intégrant le risque sans l'utiliser.
[1] Par exemple, parmi beaucoup d'autres, on peut consulter la thèse de droit de Marc Renard-Payen, La défense contre la mer et le dessèchement en Picardie, Les Bas-Champs de la Somme, Paris, 1937.
[2] Exprimés naguère à plusieurs reprises par les précédents dirigeants de la Smacopi.

