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Réunion du 18 aout 2008

 

CAYEUX-CITOYENS : CAYEUX CONDAMNE ?


Introduction au débat. Soirée du 18 août 08 (Alain Becker, Président)




En décidant du thème de cette rencontre, nous savions que nous allions nous heurter à une  difficulté : l'incrédulité de nos concitoyens, mais aussi de tous ceux qui pour des raisons diverses aiment et pratiquent Cayeux. Personne ne peut croire en effet que l'existence  de notre vieille ville, station climatique classée depuis longtemps, puisse être à terme, c'est-à-dire selon les hypothèses des « experts » , dans 15 ou 30 ans, remise en cause. Pourtant les textes l'annonçant sont là et chacun peut en vérifier le contenu. Nous faisons référence ici aux déclarations publiques, le 5 Avril 2005[1], de Jean-Christian Cornette, directeur de l'ancien Smacopi :« bien que le déplacement de 5OOO personnes ait un impact émotionnel certain, rien ne dit qu'une opération aussi onéreuse (le prolongement des épis de l'amer sud, devant Cayeux), dont le succès est loin d'être assuré, soit totalement justifié...La problématique...est bien celle du déplacement d'une ville. », les 6 et 7 octobre 2005[2], de Laurent Leroy de la Diren : « L'expérience de Cayeux sur mer va être extrêmement intéressante...Localement tout le monde est convaincu que nous allons leur faire une belle digue...Or nous pensons qu'il ne faut pas. », et d'une certaine manière, lors de la même réunion, de Jérôme Bignon, député et alors président du Smacopi ; « On peut exproprier, mais le faire d'une façon qui ne soit pas dramatique... »

Comment en est-on arrivé là ? Car enfin, ce ne sont pas les genres de propos qu'on tient à la légère, ce ne peut être que l'aboutissement d'un long processus de réflexion collective. Depuis, l'idée n'a jamais été remise en cause par ceux qui l'ont exprimée, ni même nuancée. On peut même penser que son principe vient d'être rappelé à la dernière assemblée générale de l'association des Bas-Champs, le 20 Juin dernier, par Jean-Christian Cornette. Nous prenons tous ces propos aux sérieux, c'est pourquoi nous avions convié ce soir, le nouveau président du syndicat mixte Baie de Somme-Grand Littoral Picard (ex Smacopi), Philippe Arcillon, les maires des communes des Bas-champs, le Président de l'association des Bas-Champs, le conseiller général du canton. Aucun n'est là pour répondre à vos questions, donner son point de vue, expliquer les logiques qui sont à l'œuvre dans cette affaire, l'action qu'il compte mener. S'agissant de la municipalité de Cayeux, elle nous renvoie, sur un tel sujet, aux réunions de quartier... Nous en prenons acte avec regret et tristesse.

Une documentation importante existe sur la situation des Bas-Champs et ses problèmes. De nombreux colloques, articles scientifiques, rapports d'administrations diverses, articles dans la presse nationale, dans des revues spécialisées, abordent le sujet. Rares sont ceux toutefois qui traitent directement de l'avenir de Cayeux sur mer. Nous devons donc paradoxalement remercier ici les représentants de l'ancien Smacopi et de la Diren d'avoir eu, en 2005, l'honnêteté de révéler, certes dans des cercles restreints, les deux hypothèses qui constituent l'architecture de leurs réflexions.

-D'abord l'option d'une dé-poldérisation totale des Bas-Champs sur laquelle je vous propose de nous arrêter un instant, pour l'aborder d'un point de vue critique.

Voilà un concept qui apparaît avec force en 2005. Il est très récent, contemporain peut-on dire, est-il pour autant moderne, c'est-à-dire capable de répondre aux enjeux qui sont ceux de Cayeux et de ses hameaux, des localités concernées aujourd'hui ? Qu'est-ce qui le motive, qu'est-ce qui le fonde ?

Il porte, à nos yeux l'idée de rupture, si chère à certains, rupture avec l'histoire de nos territoires, avec les usages, les coutumes qui s'y sont, au fil du temps développés, bref avec la culture de notre région, elle qui s'inscrit jusque dans nos paysages. Ce n'est pas être « traditionnaliste », ce n'est pas refuser l'évolution et le « progrès », que de s'interroger non seulement sur le fond de la proposition : le retour de la mer, mais aussi sur la méthode mise en œuvre pour faire admettre aux populations qu'elles doivent changer de « mentalité » et demander à terme, à quitter le territoire. N'importe quel ethnologue ou encore anthropologue s'offusquerait de voir appliquer de telles démarches, par exemple, à certaines peuplades d'Amazonie.

La dé-poldérisation totale est-elle par ailleurs autre-chose qu'une application cynique et concrète d'un certain néo-libéralisme, celui qui prône le recul de l'état, de l'intervention et des financements publics. Aujourd'hui, il ne reviendrait  donc plus  à la collectivité mais à chaque individu, d'assurer la sécurité de ses biens et des territoires. On comprend dès-lors la référence récurrente faite à la loi de 1807 dans de nombreux documents. La dé-poldérisation n'est-elle pas finalement qu'un mot nouveau et bien prétentieux qui aurait pour seule fonction de cacher aux populations, qui pensent encore vivre en société, la brutalité d'une certaine politique ?

Doit-on encore penser la dé-poldérisation comme le retour en force d'une vision « naturaliste », datée de la « nature », pensée en dehors de son rapport aux Hommes, du travail qu'ils y ont accompli et qui a façonné le paysage. Nous serions au bout de l'Histoire. Nous devrions nous engager dans une époque radicalement différente de celle qui nous a tous un peu faits. Il faudrait ainsi  rompre avec l'idée qu'on peut agir pour continuer de vivre avec la mer.

On peut y voir aussi, dans le prolongement de l'idée précédente, une sorte de nostalgie esthétique qui ramènerait l'embouchure de la Somme à l'époque romaine, Cayeux, inaccessible, dès lors étant réduit à son roc...On imagine déjà le paysage

-Ensuite l'incroyable projet de disparition de la ville de Cayeux sur mer, de ses hameaux, de déplacement de leurs populations, qui a, on le voit bien ainsi, une histoire, une logique, des racines, sans doute multiples, qui s'entremêlent. Cette perspective ne semble pas avoir retenu  l'attention des élus, ni  jusque là, de la presse régionale. La dernière campagne électorale pour les municipales et les cantonales a été de ce point de vue emblématique. Si nous n'avions pas imposé le sujet, il aurait été absent du débat électoral...Ce n'est pas la moindre des surprises. Notre côte, comme 24% du littoral métropolitain est frappée d'érosion marine. Trop de galets et maintenant de sable (qu'on extrait maintenant en mer, face à Dieppe et alors que le stock géologique n'est pas renouvelable) dérivent vers le Nord. La plage même de Cayeux se détériore. Elle se creuse, des vases toujours « sans origines » et au contenu toujours « inconnu » s'y accumulent L'affaiblissement de la digue naturelle de galets, déjà ancien, s'est accéléré au cours du XXème siècle .Loin d'être un phénomène « naturel », il est la résultante d'abord d'une double action de l'Homme : la construction de nombreux ouvrages sur la côte Normande qui bloquent la progression naturelle des galets vers notre territoire et jusqu'en 1983, voire bien au-delà, une exploitation quantitative[3] et qualitative[4] déraisonnable de ces mêmes galets sur notre propre littoral. Aujourd'hui les évolutions climatiques accélèrent les risques, les coûts en jeu sont importants. L'Etat a trop laissé faire. Il ne semble pas vouloir faire beaucoup plus aujourd'hui, prétextant, lui qui les a vidées, que ses caisses sont vides.

La dé-poldérisation, c'est aussi sur un autre plan, un changement total de biotope, une métamorphose complète de la vie animale et végétale, ceci au moment où à l'échelle du monde le principe de biodiversité semble s'imposer. Les Bas-Champs, l'a-t-on oublié, sont constitutifs de la biodiversité ! Viendrait t-il à l'esprit de nos décideurs de dé-poldériser le Marquenterre et de retourner aux sources de l'histoire géologique de cet espace exceptionnel crée par l'homme ?

Partout en France dans cette situation, les publications spécialisées en attestent, ce qui prévaut c'est la volonté  de préserver, bien-sûr les personnes, l'essentiel des biens mobiliers et matériels, les activités économique, de protéger le biotope, de conserver, de revaloriser les plages, pour  leur forte potentialité, attractivité touristiques et économiques, face à une demande croissante de « mer ». Loin de conduire à la reproduction des anciens modes « durs » de défense contre  la mer et à moins qu'ils ne s'imposent, ces préoccupations génèrent partout de l'innovation. On invente de nouvelles façons de vivre avec la mer, avec ses excès et ses incertitudes, de nouveaux « donnant/donnant », avec ce qu'elle veut bien nous laisser et ce que les hommes acceptent de lui rendre. De ce point de vue « Cayeux-Citoyens » n'a pas le culte du statuquo, nous sommes prêts à entendre, à écouter des propositions raisonnables, à condition qu'on nous informe, qu'on nous écoute, à condition qu'on ne cherche pas à nous tromper, qu'on ne nous prenne pas pour des demeurés.

 Or en Picardie, c'est l'exception géographique, culturelle et humaine ; les technocrates mais aussi les politiques en place en 2005 (cela a-t-il changé ?) pensaient que le déplacement des populations, la perte du patrimoine historique, culturel,  immobilier et architectural cayolais, des paysages originaux qui constituent Cayeux et ses environs, sont les seules solutions  face au risque de submersion marine. Ils vont jusqu'à prétendre que  ce serait  une « chance pour le développement de la région » et sans doute l'occasion d'une formidable aventure humaine pour ceux qui le subiront ! « Une expérience »exceptionnelle, ajoute t'on...Nous serions en quelque sorte des cobayes inconscients du bonheur qui les attend.

Pour gagner les consciences, on mobilise la « sociologie », pour que chaque personne vivant ici se persuade (elle-même), que l'abandon du territoire, le déplacement des populations sont finalement inéluctables. Pour réaliser cette manipulation, les décideurs ont inventé un pseudo concept, le GIZC (barbarisme qui signifie, « gestion intégrée des zones côtières »). Nous vous invitons à demander à Jérôme Bignon, grand expert semble t-il, en « GIZC » et maintenant président du Conservatoire du Littoral, la définition exacte de cette notion.

S'est donc forgée ainsi la conviction, dans certains cercles, que Cayeux n'est rien, que Cayeux n'a rien, que Cayeux ne vaut rien. De là à ce qu'il ne soit qu'une fiction, il n'y a qu'un pas. Nous sommes dans un cercle vicieux, on invente une pseudo- réalité : Cayeux n'existerait déjà plus, pour mieux justifier sa disparition .A cet égard, il faut rappeler l'édifiant article paru étrangement aussi dans l'Express en 2005  (13 06 2005) : « Seul le bourg de Cayeux est en 1ere ligne. C'est un village disgracieux où quelques immeubles de béton gris voisinent avec des maisons aux façades en bardeaux décrépites. Le tourisme est inexistant, le commerce local s'effondre, les jeunes s'en vont. Cayeux ne tient que par l'industrie du Galet  ».C'est Apocalypse Now ! Tout est dit et résumé ici.

 Cayeux -Citoyens s'oppose sur le fond et sur la forme au projet  qui semble aujourd'hui encore prévaloir dans la noosphère politico technocratique picarde. Nous voulons que Cayeux continue d'exister. Nous sommes prêts à débattre des conditions pour y parvenir, nous n'avons pas de théorie arrêtée sur les solutions techniques à mettre en œuvre : prolonger les épis, recharger la côte en galets, reformater le boulevard de la mer pour en faire à la fois un espace touristique, une zone économique et une protection contre les grandes marées, dé-poldériser partiellement ou totalement le hâble d'Ault, les Bas-champs, ré ensabler la plage de Cayeux, y fixer le sable comme cela se fait au Nord de la baie, enrocher une partie de la côte, envisager un port en eau profonde...Il faut aussi ouvrir la réflexion sur le Nord de Cayeux, sur les plages qui n'en sont plus et qui nous sont interdites, sur la route blanche en partie détruite en Mars dernier. Là toujours, faut-il dé-poldériser et ou fortifier la digue qui coure jusqu'à la falaise morte, prévoir une extension du port du Hourdel (la région Picardie est la seule région de France à ne pas avoir déposé de projet portuaire, selon le rapport Gauthier, il manque 4000 places de bateaux dans les régions Nord et Picardie).  Il faut encore débattre de tout le pays de Baie de Somme et de l'état des digues qui le protège .Il faut aussi s'interroger sur l'application aux Bas-Champs, à la demande du ministre délégué à l'industrie en 2004, de l'article 109 du code minier (toujours en discussion au Conseil d'Etat, semble t-il ?) qui ferait de notre région : « une zone spéciale de recherches et d'exploitation de carrières. »Les Bas-Champs, Cayeux, le Hourdel ne seront-ils demain, qu'un vaste chantier ? Quid dans ce cadre, de l'environnement et de l'économie touristique ? Cayeux,  les Bas-Champs, « no future » !

C'est pourquoi nous avons provoqué un débat ce soir. Nous le conclurons en vous proposant un projet d'appel au Président de la République, au gouvernement, à toutes les autorités concernées, aux collectivités directement  impliquées, au département de Seine-Maritime, aux collectivités du littoral Normand, à l'entreprise EDF.

-Aux uns nous demanderons de récuser le projet d'abandon de la ville de Cayeux à la mer qui stérilise l'intelligence et empêche l'innovation, un engagement formel sur la pérennité de notre cité et les moyens financiers d'y parvenir.

-Aux autres nous dirons que si nous comprenons pourquoi, ils ont entrepris les travaux légitimes qui mettent aujourd'hui Cayeux et ses environs, la baie de Somme, en grande difficulté, nous souhaitons qu'eux aussi entendent notre situation et fassent œuvre de solidarité pour sauver le territoire que nous aimons. Merci d'être venus nombreux ce soir et à bientôt.



[1]Conservatoire du littoral, atelier « chaud et froid » Réunion, Palais de la découverte, Paris (page 31 du rapport).


[2] Forum national des rivages : « le littoral, un territoire à haut risque. Montpellier

[3] 20 millions de tonnes de galets auraient été extraites du seul Hourdel

[4] Quelle est la qualité des matériaux qu'on extrait pour être commercialisés, par rapport à la qualité de ceux qu'on remet à la côte ? Plus de 40 mm !

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