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Cahier d'acteur - Projet éolien

 


DÉbat public sur le projet de parc Éolien en mer devant les cÔtes de la Seine maritime et de la Somme



Contribution de l'association « Cayeux-Citoyens »

L'association Cayeux-Citoyens a pour objet de contribuer au développement social et économique, écologique et paysager de Cayeux-sur-mer en dialogue avec tous les Cayolais et de porter leurs besoins et leurs enjeux auprès des instances responsables, notamment locales. Elle a son siège à la mairie de Cayeux-sur-mer et dispose d'un site web : http://cayeux-citoyens.asso-web.com.

 

 


Premier temps : L'éolien, pourquoi pas ?

Nos éoliennes, vous ne vous rendez pas compte de la chance qu'elles seront pour vous et vos territoires, qu'ils nous ont dit...

C'est beau une éolienne. Alors, imaginez 150 éoliennes, quel spectacle ! Les touristes vont accourir de la France entière, que dis-je, de l'Europe entière.

C'est écolo une éolienne. Alors, imaginez, un champ d'éoliennes ! Ça remplace ce méchant gaz carbonique qui tue la planète, sans les risques et les déchets du nucléaire : ce sont les petits oiseaux qui vont être contents de respirer le bon air.

C'est scientifique une éolienne. Alors imaginez combien il a fallu d'études sérieuses et approfondies pour choisir où les placer en grand nombre ! Tous les effets et tous les risques de quelque nature que ce soit, induits par leur implantation, seront ainsi maîtrisés.

C'est économique une éolienne. Alors imaginez toutes ces pales qui vont tourner gratuitement sous ce bon et puissant vent de la mer ! Et, lui, il ne s'épuise pas comme les vulgaires énergies fossiles. La France n'a pas de pétrole, vous savez bien...

C'est rentable une éolienne. Alors imaginez toutes les retombées qui vont affluer pour ceux qui vivent dans ces pays ! Ceux qui pourraient subir quelques gênes seront dédommagés, tous profiteront de cette manne nourricière, sans compter les royalties que se partageront les collectivités territoriales concernées.

C'est du développement une éolienne. Alors, imaginez, ce qu'on va pouvoir faire avec 700 mégawatts en plus ! Des emplois locaux en rafales, des formations de haute technicité, une filière industrielle dans le domaine de l'énergie, etc. Résumons : « Une opportunité pour le développement durable des deux régions »[1].

C'est l'avenir une éolienne. Tous les pays du monde s'y mettent. L'union Européenne les a déclarés l'énergie-clé pour le futur, l'Allemagne en est couverte, les pays pétroliers du Nord et la Grande Bretagne en ajoutent chaque jour jusque dans l'estuaire de la Tamise, etc. Alors, imaginez le retard que prendrait la France si elle ne se joignait pas sans tarder à ce vertueux mouvement.

Et nous, nous étions tout près à les suivre lorsque, dans ce cadre du débat public, ils sont venus présenter leur affaire. Nous avions certes des interrogations, des inquiétudes, des préoccupations. Quelques difficultés, nous étaient apparues. Quelques résistances s'étaient exprimées. Mais, ils l'avaient bien dit, ce débat public « est l'occasion d'une nouvelle étape dans la prise en considération des attentes du grand public et de l'ensemble des acteurs »[2]. Nous pouvions être rassurés.

Second temps : Surprises et déceptions

Nous avons donc participé de bonne foi aux débats qui se sont déroulés dans les différentes communes de la région. Et là, nous sommes tombés de haut.

On a eu droit de la part des « experts » mandatés par la Compagnie du Vent à des déluges d'explications techniques, « scientifiques » était-il même précisé qui pour n'être pas nécessairement fausses étaient le plus souvent faussées. Ne recouvrant qu'une trop petite partie de la réalité, elles devenaient même trompeuses. Tous les domaines d'inquiétude étaient ainsi couverts. Les oiseaux voleraient, les poissons se multiplieraient, les navires navigueraient et, du littoral, on ne verrait pas les éoliennes... ou si peu. Certaines affirmations ainsi énoncées de la façon la plus péremptoire semblaient tellement imprécises, voire tellement en contradiction avec ce que chacun pouvait voir et savoir, que l'on ne pouvait croire au sérieux du propos.

Au cours des débats, chaque critique apportée au projet était pourtant renvoyée dans les cordes par la Compagnie et ses auxiliaires. Nous avons ainsi largement profité de ce que l'on a bien voulu nous dire des expériences danoises, norvégiennes voire américaines. On a su le coût des études réalisées pour nous assurer que tout était sous contrôle. Si pourtant, bien des points essentiels à nos yeux restaient sans réponse sérieuse, c'est que, nous laissait-on penser, de telles expertises dépassaient de loin nos capacités.

Et eau, si nous exprimions notre scepticisme devant ces incohérences, si nous nous rebiffions devant cette façon de nous mener en bateau, les représentants de la Compagnie du Vent nous faisaient la morale : vous voulez de l'énergie et vous la voulez propre, alors assumez !

Assumez, cela se traduit : laissez nous faire. Et puis de toute façon, a-t-il été complété, ne vous faires pas d'illusions, il s'agit du domaine maritime public. Cela se traduit aussi : les règles y sont différentes, il ne s'agit pas d'un vulgaire permis de construire délivré par quelque maire de petite commune contre lequel on puisse faire recours. C'est l'intérêt national qui est en cause et « la stratégie nationale pour la mer et le littoral est élaborée par l'Etat... »[3] C'est une affaire entre grands, le gouvernement et nous, qui en dernier ressort sommes GDF-Suez, puissant groupe financier.

Un peu plus tard, nous avons eu confirmation par la presse[4] de ce que nous ressentions quant à la maîtrise technique de la Compagnie du Vent et à son souci des populations concernées par ses opérations. A une cinquantaine de km de la côte, huit éoliennes ont été implantées par cette société. On avait assuré aux élus et aux habitants de la commune que, tout au plus, une seule éolienne serait visible. D'ailleurs, un photomontage en était la preuve visuelle et formelle. Hélas, la photo de fond utilisée pour réaliser le photomontage avait été prise au plus bas de la ville, là où en effet il y avait peu à voir. Situé ailleurs dans la ville, on ne voit qu'elles. Un habitant le dit : « on a l'impression d'avoir un avion au-dessus de chez soi. » Et nous ne dirons rien du brouillage des écrans de télévision de la commune, et autres nuisances collatérales... De quoi nous donner pleine confiance en la Compagnie lorsqu'il ne s'agit plus de 8 mais de 150 éoliennes, bien plus grandes et dans un type d'implantation, en mer, dont, contrairement à ce qu'il en était pour cette bavure en Ponthieu, elle n'a aucune expérience.

Troisième temps : Regarder de plus près

Le paysage

De longs discours, nourri de calculs de graphiques et de photos ont voulu nous démontrer que, ces éoliennes à 14 km de la mer, on ne les verrait pratiquement pas. Et si on voyait quelque chose, c'est qu'on n'avait rien compris puisque la géométrie prouve que c'est impossible. C'est là un bon exemple des méthodes des « experts » travaillant pour le compte de la Compagnie. D'une part, nous pouvons tous voir les falaises situées à plus de 20 km et qui sont nettement plus basses (moins de 100 m de haut) que le seront les éoliennes (150 m). D'autre part, la visibilité dépend du point de vue (comme le montre la méprise de Domart-en-Ponthieu rappelée plus haut). Toutes les représentations qui nous sont proposées supposent un spectateur au niveau du sol. Il y a à Cayeux, et ailleurs sur la côte, des immeubles de plusieurs étages et, surtout, plus au sud, des falaises d'où l'on voit beaucoup plus loin. Encore une étourderie d'expert ?

Quand bien même les éoliennes ne seraient vues de la côte que comme des jouets d'enfant, ils créent une rupture radicale ; c'est que le paysage n'est pas qu'une question de vue, c'est aussi le sens de ce qui nous entoure. Et ici, la mer va devenir une usine. Que celle-ci soit entièrement automatisée n'y change rien. Et il ne suffit pas de l'appeler « parc » ou d'en organiser des visites en bateau, voire des régates[5], pour restaurer la qualité de notre paysage marin et le rapport affectif, culturel, vital à la mer des habitants.

La qualité environnementale

La chose est sensible. Aussi la Compagnie a-t-elle fait faire toutes les études nécessaires pour protéger oiseaux et poissons des perturbations que pourraient entraîner les éoliennes installées. Elles veulent notamment montrer que les oiseaux ne risquent pratiquement rien. D'ailleurs on a vérifié à l'étranger que la moitié des oiseaux qui avaient assez largement quitté leurs territoires durant les phases de chantier, revenaient les habiter au bout d'un à deux ans. De quoi nous inquiéterions-nous ?

Pourtant, les moyens d'études utilisés sont déjà source d'inquiétude. Outre des « inventaires » bimensuels par avion (les oiseaux étaient-ils prévenus des dates de son survol ?), un radar est censé avoir « expertisé » les mouvements d'oiseaux durant 8 à 9 mois. Il est dommage que sa portée ne lui ai pas permis d'atteindre la zone où devraient être implantées les éoliennes... Surtout, faut-il le rappeler, les oiseaux, qui sont le symbole de notre région, sont principalement ici des migrateurs. Ils passent et « rapassent ». S'ils ne trouvent pas un grillage d'hélices sur leur chemin...

La modification du comportement des fonds marins est un autre sujet d'inquiétudes. Comment réagiront les sédiments bouleversés par les centaines de milliers de tonnes de béton qui vont être déversées ou les kilomètres de tranchées creusées pour déposer les câbles ? Quel impact de l'implantation du parc éolien sur les déplacements de sédiments et leurs effets sur l'ensablement de la baie de Somme ou le retrait du trait de côte à Cayeux. Très faible assurent les modélisations effectuées par les experts de la Compagnie.

Malheureusement ce n'est pas l'avis de beaucoup de marins, de pêcheurs, d'habitants qui, de longue date, connaissent la mer, ses fonds, ses courants, son action érosive ou accumulative. Mais, pourquoi les écouter ? Leur savoir n'est qu'empirique. Sans doute. Certes, ils ne calculent pas de modèles mathématisés, mais ils rassemblent des générations d'expérience. Ne pas en tenir compte oblige à se souvenir qu'une modélisation ne prend en compte que les données qu'on y entre et les valeurs qu'on veut bien leur donner.

Notons encore un point. Toute une série d'études environnementales sont indiquées à la fin du dossier fourni par la Compagnie (très beau le dossier, belles images, beaucoup de tableaux, beau papier... ; si son ramage se rapportait à son plumage, cela pourrait être convaincant !). Mais la plupart des auteurs - personnes ou institutions - ne sont pas nommés. Ces références eussent éventuellement permis de les consulter, d'en analyser les protocoles, les arguments, les résultats précis. Sans doute est-il apparu que cela ne nous concernait pas !

La maîtrise des risques

Le moindre paradoxe du dossier fourni par la Compagnie porte sur la sécurité. Il traite de la sécurité des installations, et plus précisément du risque induit pas les mines sous-marines qui pourraient demeurer depuis 1945. C'est un point important, et nous sommes ainsi rassurés sur le sort des techniciens et ouvriers qui travailleront sur ce chantier.

Restent cependant quelques petites questions de sécurité qui ne sont pas vraiment traitées. Par exemple, la sécurité des navires. « Les bateaux de petits gabarits auront tout loisir de naviguer[6] » dans le parc éolien (jusqu'au premier incident sérieux ?). Les gros bateaux eux, sont trop loin nous assurent-on et ne risquent pas de venir heurter les pylônes. Et les pêcheurs qui, pour retrouver leurs zones de pêche, passeront à travers la forêt d'éoliennes ou la contourneront au plus près ? On se contente d'affirmer que jusqu'ici il n'y a pas eu d'accident dans les différentes zones d'éoliennes offshore d'Europe. Rappelons qu'avant le Torrey Cañon (1967), il n'y avait jamais eu de marée noire. Il y en a eu près de 80 depuis dont une vingtaine ont déversé plus de 100.000 tonnes de pétrole.

Sans doute doit-on se persuader qu'il n'y aura plus jamais de tempête au large de la côte picarde. Ou, peut-être, Cayeux devra renouer avec son lointain passé, lorsque ses habitants profitaient des cargaisons rejetées pas la mer et des débris de navires détruits... et enterraient les noyés.

L'aspect économique

Nous n'entrerons pas ici dans le débat sur les coûts relatifs des différentes filières de production d'énergie. Il s'agit d'une question de politique nationale qui doit être analysée et discutée globalement. En revanche, il est nécessaire d'examiner les affirmations de la Compagnie quand elle nous promet monts et merveilles.

Si on peut imaginer sans difficulté l'intérêt qu'elle a dans cette affaire (elle s'y étend largement tout au long de son dossier, notamment pour justifier la localisation du projet, la plus rentable des hypothèses envisagées), on voit moins bien en quoi il va dynamiser l'économie régionale et locale.

On nous parle d'emplois, on nous en annonce 60.000 en 2020, pour la France entière. Belle conjoncture qui repose essentiellement sur le travail du lobby des éoliennes (EWEA[7]). Admettons même leurs chiffres : 33 emplois nouveaux par jour en Europe créés par le secteur éolien depuis 5 ans. Cela intègre bien sûr le secteur industriel de production des éoliennes, avec tout ce qui l'accompagne de logistique, de sous-traitance, etc. Mais ici, nous n'avons pas affaire à des industriels mais à des financiers. La Compagnie et son tuteur, GDF-Suez, ne produiront rien. Ils installent leurs moulins à vent et encaissent les profits procurés. Les industriels et les compétences sont aujourd'hui en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en Chine, aux Etats-Unis, etc. On nous dit qu'il est « tout à fait envisageable[8] » qu'une partie de cette activité industrielle soit réalisée dans nos régions. Il ne coûte rien de l'imaginer. Devrions nous imaginer aussi que la Compagnie va investir dans un domaine où la concurrence est déjà forte, alors qu'elle ne possède ni la technologie ni les personnels qualifiés ? Ou que les industriels étrangers se feront une joie de délocaliser une partie de leur activité chez nous ?

Bien sûr, il y aura la phase de chantier. Couler du béton, tirer et enterrer des câbles, dresser des mats, cela demande de la main d'œuvre. Ce sera l'affaire des entreprises de travaux publics. Deux ans, trois au plus pendant lesquels des travailleurs français ou étrangers (rien n'empêche que les appels d'offres de travaux soient gagnés par des entreprises portugaises italiennes, hollandaises, etc.) seront importés dans la région, stockés dans des baraquements plus ou moins confortables, puis redistribués sur d'autres chantiers au hasard des opérations. L'impact économique pour la région sera réduit et conjoncturel.

Si elles fonctionnent, les éoliennes auront ensuite besoin de maintenance. A-t-on vu l'ébauche ou au moins entendu la Compagnie exprimer l'idée d'une politique de formation aujourd'hui pour les personnes fortement spécialisées qui seront nécessaires demain ? Dans les projections qu'elle propose, on a l'impression que les qualifications, les compétences, les technologies, tout cela vient tout seul... quasi naturellement. « Un projet emblématique et structurant comme celui des Deux Côtes participerait pleinement à l'émergence d'une filière dédiée en France et son importante puissance favoriserait les retombées économiques locales »[9]. Croyez nous, ça émerge. Suffit d'y croire !

Les retombées financières

Les seules retombées qui ont été vraiment évoquées jusqu'ici sont financières. Le schéma en est simple : cette affaire va engendrer un profit considérable, mais il est si peu populaire que cela pourrait bien empêcher sa réalisation. Alors distribuons quelques « retombées ».

Faut-il s'étendre ? Les pêcheurs sont très violemment opposés à un projet qui fragilise gravement leur activité. D'abord, on leur dit que de toute façon ils vont disparaître à plus ou moins court terme (« depuis 10 ans, le nombre de navire et d'emplois associés décroît »). Ensuite, que, de toutes façons, ils « ont de plus en plus de mal à subsister »[10]. Enfin, on rassure : des mesures d'accompagnement permettront de compenser l'impact des éoliennes « sur la pêche locale en mobilisant des ressources financières et des moyens d'action nouveau en faveur de la profession »[11].

Les élus sont traités de la même façon. A un maire dont le budget ne cesse de glisser dans le trou qu'il creuse on fait miroiter une petite rente annuelle. Une aubaine en ces temps difficiles. Le processus peut s'étendre à d'autres : protecteurs des oiseaux, chambres de commerce, offices de tourisme. Autrefois et en d'autres lieux, on apportait aux « indigènes » dont on voulait exploiter les terres et les hommes, de la verroterie...

Le soutien au développement régional

Un premier domaine où l'on pourrait attendre une contribution au développement local est celui de l'énergie. Nous avons quelques belles phrases sur les filières et autres synergies industrielles, mais le dossier ne comporte pas le moindre élément précis ; a fortiori, pas le moindre engagement. D'ailleurs, en quoi les régions devant lesquelles seraient implantées ces éoliennes ont-elles l'emploi de toute cette énergie. La Compagnie nous dit (en faussant délibérément les chiffres[12]) que les éoliennes produiront de quoi satisfaire deux fois la population de Rouen ou celle de la moitié de la Picardie. Très bien. Mais nous avons déjà deux centrales nucléaires et une troisième en construction : de quoi couvrir les besoins de 100 fois la population des deux régions. On nous dit que ce serait « une opportunité pour le développement durable des deux régions »[13]. Quelles études ont-elles été entreprises pour connaître les potentialités de ces régions et comment un parc d'éoliennes pourrait les valoriser ? Quelles propositions concrètes pour que la Compagnie participe de façon significative dans les deux régions à un effort innovant d'économie d'énergie qui permettrait de prendre au sérieux son engagement pour la défense de la planète, lequel apparaît jusqu'ici pour le moins opportuniste ? Quels engagements pour avancer vers une adéquation locale progressive de la relation production/consommation d'énergie électrique ? (Au fait, qu'en pense l'écologie politique que nous n'avons guère entendue jusqu'ici ?) D'autres directions auraient pu être envisagées qui donneraient le sentiment que le projet de parc éolien s'intéresse aux réalités locales. Cela justifierait un réel intérêt de la population de ces territoires pour le projet et pourrait éroder notre scepticisme.

En réalité, derrière quelques grands mots et belles phrases, rien ! Pourquoi installer ici 700 MW de plus ? Cela ne peut avoir qu'un seul sens : une production pour l'exportation.

En fait de développement régional, c'est à une opération coloniale qu'on a affaire. Il y a une ressource : ici, le vent et la mer. Il faut d'abord convaincre les responsables : on leur vendra de la modernité, de la durabilité, voire de la participation. Eventuellement on y ajoutera de quoi leur faciliter la vie à court terme par quelques contributions financières adaptées. La population, on va lui faire comprendre qu'elle ne comprend rien, que s'opposer aux bienfaits qu'on leur apporte serait irresponsable et de toute façon inutile. Si certains résistent trop, on fera marcher la machine à diviser. Et on pourra exploiter tranquillement la ressource. Et qu'ils ne se plaignent pas, grâce à tout cela, ils entreront de plein pied dans l'avenir !

L'avenir

Nous avons été prévenus : le projet de la Compagnie du vent est une tête de pont. Le débat public qui porte sur ce projet devrait servir aussi à valider l'implantation d'éoliennes sur le littoral de la Manche, là où cela intéresse les entreprises, de Cherbourg à Boulogne... Plusieurs projets, parfois plus importants que celui de la Compagnie sont déjà annoncés. Des appels d'offres seront lancés par l'Etat dès cette année pour que soient équipées les zones jugées favorables[14].

L'avenir, ce serait donc que cette partie de mer soit transformée en une vaste zone industrielle, avec tout ce que cela va comporter de nuisances, de contrôles, d'interdictions. Cela n'aurait d'ailleurs que peu d'impact direct sur le territoire lui-même. Sans doute bien des gens, français ou d'autres pays, qui venaient ici parce que la côte avait un charme particulier, sans prétention mais non sans qualités, se détourneront de ces lieux envahis par la techno-finance... D'autres resteront, n'ayant pas le goût ou le moyen d'aller voir ailleurs. Le vent, brise ou blizzard, sera devenu une ressource et la mer, infinie intemporelle, une exploitation.

Sans doute le tourisme en pâtira, même si, comme l'espèrent quelques uns, les éoliennes deviennent pour quelque temps un phénomène à visiter. Un petit tour et puis s'en vont. Rien à faire ici, une fois qu'on aura regagné la côte. L'activité de ces villes et villages en souffrira. Que deviendront les artisans lorsqu'il n'y aura plus de maisons à retaper parce que plus personne ne voudra les entretenir ou les racheter ? Que deviendront les commerçants et les services lorsque la saison finira avant même d'avoir commencé ? Comme la colonisation a transformé bien des agricultures vivrières en plantations, ruinant les habitants et la terre avec eux, on aura vidé de sa substance un pays bien vivant, une culture, une population.

Quatrième temps : Trop près, trop gros, trop aléatoire

Le projet en discussion se caractérise par sa taille, très au-delà de ce qui a été jusqu'ici implanté en France en matière d'éoliennes, par sa proximité d'avec le littoral, induisant nombre de nuisances et de dangers, par les incertitudes qui en émanent du fait de l'inexpérience évidente de l'entreprise qui en a l'initiative, tant pour ce qui concerne les implantations en mer que rapport à la dimension du projet. Cette incertitude est soulignée par les trop fréquentes erreurs ou contrevérités qu'elle met en avant pour son argumentaire. La simple application du principe, maintenant constitutionnel, de précaution devrait suffire à l'interrompre : trop d'inconnues, trop d'études mal conduites ou inachevées, trop de risques !

Ce projet, malgré toutes les tentatives de la Compagnie du Vent, ne convient pas à la grande majorité des habitants qu'il concerne directement. Il y a eu de nombreux débats durant ces mois et c'est une bonne chose. Ces débats ont, à chaque fois, confirmé la crainte pour ne pas dire le rejet de cette implantation et la méfiance vis-à-vis de ses promoteurs. Hélas, ils ont manifesté aussi le refus de la Compagnie d'entendre ce qui était dit.

Sans doute nombre de « décideurs », aussi bien nationaux que régionaux ou locaux, ont-ils choisi de poursuivre. Il est vrai que « en haut » on ne parle pas la même langue que « en bas ».

D'un côté le savoir et les bonnes paroles se déversaient que nous devrions simplement accepter. De l'autre, nous disions que ces machines seraient trop proches, perturbant tout un ensemble de modes de vie et d'activités, que la dimension du projet le rendrait envahissant et probablement dangereux pour les humains comme pour les animaux. Nous parlions d'expérience, d'usages, de dangers vécus, de passion. Cela vaut-il encore quelque chose par les temps qui courent. ?




[1] Dossier du maître d'ouvrage pour le débat public, p. 43.

[2] Id., p. 42.

[3] Loi Grenelle 2, art. 219-2

[4] Le Courrier Picard, 17-08-10, p. 17

[5] Dossier, p. 83

[6] Id., p.72

[7] Id., p. 31.

[8] Id., p.103

[9] Ibid.

[10] Id., p. 77

[11] Id., p. 79

[12] En les basant sur des niveaux de consommation domestique d'électricité peu crédibles.

[13] Dossier., p. 43

[14] Id. p. 111.

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