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Dépoldérisation - Réunion du 14/01/2013 Evaluations des scénarios

Prolongement de la réunion dépoldérisation du 14 janvier 2013

1 – Questions de méthode

L’objet de cette réunion devait être la concertation. Elle n’a été qu’une réunion d’information.

Certes, Mme Chardonnet de C&S conseils a excusé les organisateurs, qui, pris par le temps, n’ont pu adresser aux participants les documents concernant la réunion. Pourtant, à moins que les communications d’Artélia n’aient pas été prêtes le vendredi 11 pour la réunion du lundi 14, ce qui ne manquerait pas d’inquiéter sur le caractère réfléchi et approfondi de ces communications, il eut été possible de nous les transmettre vendredi soir par courriel ; nous les aurions volontiers lues durant le weekend.

Cette absence a fortement nuit à la qualité de la réunion. Certes, des questions ont été posées, des remarques et des critiques ont été formulées, le plus souvent fort intéressantes. Mais cela s’est fait de façon décousue, sans que les membres de la réunion aient pu structurer leurs propos et, surtout, sans qu’ils aient pu prendre le temps de réfléchir auparavant, individuellement ou collectivement dans les organisations qu’ils représentent, de hiérarchiser les remarques, de proposer le cas échéant des substitutions, etc.

Nous n’avons pas eu non plus connaissance du compte-rendu de la réunion du mois de décembre, étant donc dans l’impossibilité, avant que celle-ci soit placée sur le site du Syndicat mixte et donc rendue publique, de la lire et éventuellement de l’amender. A moins qu’il faille considérer que le Syndicat mixte est seul maître du compte-rendu, ce qui limiterait beaucoup sa valeur. De toute façon, la lecture du compte-rendu d’une réunion est utile, comme rappel, pour aborder correctement la réunion suivante.

Ajoutons que le dispositif de la salle, séparant et même opposant les autorités et les autres, comme pour un spectacle ou une conférence, ne facilitait guère un esprit et des pratiques de concertation.

Finalement, il nous a été demandé de produire des textes qui remplaceraient le débat qui n’a pu avoir lieu. Nous répondons ici à cette demande, mais sans illusion. Ces textes ne remplaceront en rien ce qu’aurait apporté à tous le vrai débat. La concertation ne peut être l’addition des remarques des uns et des autres aux propos et propositions des autorités en charge ; c’est un processus collectif qui – si tout se passe bien, en tout cas c’est le but recherché – permet d’aboutir à un compromis commun, c’est-à-dire à la fois partagé par tous – ou presque – et élaboré en commun. Nous en sommes loin.         


 

2 – Sur les expériences étrangères de dépoldérisation

L’exposé qui nous a été proposé en introduction appelle plusieurs remarques, notons en deux essentielles :

  • 11.000 ha dépoldérisés ou en cours pour quelques 80 sites, soit une moyenne de 140 ha par site. Selon les scénarios présentés ce serait, pour le Hable d’Ault de 380 à 1.130 ha, c’est un peu diffèrent.
  • Cette différence apparaît accrue, pour les 3 exemples présentés plus en détail, par le fait que deux d’entre eux sont dans des situations physiques beaucoup plus protégées et donc sans rapport avec celle du Hable et que le troisième, plus proche de ce point de vue mais orienté différemment, ne connait pas, cela a été souligné par un participant, les mêmes effets du vent et de la houle.

Autrement dit, si ces exemples montrent que la volonté de dépoldériser est partagée par bien des autorités en Europe (aux Etats-Unis aussi), ils n’apportent pas grand-chose à nos préoccupations qui concernent un lieu singulier et la faisabilité de projets précisément localisés et dont les caractères physiques ne sont qu’un aspect.

3 – Incertitudes sur la protection physique des Bas Champs et de Cayeux.

Dans le projet qui est actuellement étudié, tout repose sur cet effet attendu de la dépoldérisation : l’exhaussement progressif des terrains abandonnés à la mer et leur recouvrement par une prairie semi-marine. C’est ce qui qui justifierait aussi des digues de second rang de qualité nettement inférieure à celle qui constitue l’actuel cordon littoral.

Demeure pour beaucoup de participants et d’habitants du territoire une grande incertitude quant à la réalité, ou plutôt l’importance et donc l’efficacité, de ce phénomène. L’exposé évoque à ce propos l’exemple des prairies semi-marines de la baie de Somme. Là encore, la comparaison est hasardeuse, tant les caractéristiques physiques et d’orientation entre ces deux sites sont différentes. En outre, un autre bureau d’étude « expert » de ces domaines, nous a affirmé récemment que l’existence de ces hauts fonds en baie de Somme conduisait à des vagues plus hautes, rendant notamment insuffisante la hauteur des digues actuelles pour arrêter la mer[1]. Faudrait savoir…

Par ailleurs, que deviendraient les tonnes de galets et d’épis de palplanches et de béton de la digue actuelle lorsqu’on cesserait de l’entretenir ? Les ruines ont parfois du charme, mais ici elles n’embelliraient guère le paysage et, notamment en raison de la violence de la mer, des vents, des courants, présenteraient de grands risques, y compris pour les dispositifs mis en place par la dépoldérisation.

Rappelons à ce propos que c’est le mauvais entretien du cordon littoral avec ses compléments (écluse) et des réactions inadéquates à l’évènement qui ont été à l’origine de la grande inondation de 1990. La perspective d’un « laisser-faire », une fois les brèches ouvertes et les digues de second rang implantées, ne peut qu’inquiéter.

On peut aussi s’interroger sur la découpe de la dépoldérisation proposée dans sa partie nord pour les scénarios 3 et 4. Pourquoi s’approcherait-on si près de la zone urbanisée, surtout si, comme il nous a été indiqué oralement, ce ne serait même pas pour ouvrir à la mer la partie qui, à cet endroit, est au-delà de la limite de l’emprise du scénario 2 ? On s’enquiert d’autant plus de ce point que les vents dominants étant ce qu’ils sont, cette zone serait sans doute une des plus risquée et que, derrière, se trouve une partie assez basse de Cayeux.

Dans une seconde partie de l’exposé sur cette question de la protection, il nous a été donné à entendre, pour éclairer et valider la démarche entreprise, des extraits de la stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte. Nous pouvons en rappeler ici un des objectifs : un diagnostic partagé des enjeux et des mesures à prendre.

 « L’Etat et les collectivités territoriales doivent s’employer à développer un diagnostic partagé, tant de l’évolution physique du phénomène que de l’appréciation des différents enjeux associés, ainsi que des mesures à prendre pour y faire face[2]. » 

4 –Incertitudes juridiques

Dès qu’ont été abordées les questions liées à l’environnement, puis celles concernant les pertes d’activité impliquées par une éventuelle dépoldérisation ou la création de nouvelles activités, les questions concrètes et précises posées par les participants ont rendues manifestes des difficultés considérables et jusqu’ici non signalées.

Ainsi avons-nous vu apparaître que, dans la zone qui serait ouverte à la mer, celle-ci appartiendrait au domaine public maritime (DPM), l’Etat en étant alors seul gestionnaire. Cela rend totalement aléatoire tout un ensemble de mesures actuellement envisagées et indiquées dans l’exposé. Sans doute peut-on lire dans la Stratégie nationale, déjà évoquée, que l’Etat pourrait envisager de réviser ses façons de faire :

« La gestion intégrée du trait de côte passe également par la cohérence avec la gestion du domaine public maritime. Les modalités de la gestion du domaine public maritime devront donc évoluer en lien avec les principes de la présente stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte[3]. »

Cependant, l’expérience des pratiques de l’Etat en général et des façons de faire de ses services pour le récent projet de PPRN et pour l’implantation des épis devant Cayeux, en particulier, n’incite guère à l’optimisme quant à la cohérence de ses services et de ses intentions : l’Etat impose sa stratégie mais n’en considère par toujours les effets et les moyens.

Sur un point précis et important, le représentant de la DDTM a d’ailleurs rappelé que les prérogatives de l’Etat l’autorisaient à s’abstenir de ce qui nous apparaît, citoyens ordinaires, comme des mises en cohérence indispensables : Un intervenant a demandé si, puisque la dépoldérisation devrait protéger les Bas-Champs et Cayeux de façon pérenne, supprimant au-delà de la zone dévolue à la mer les risques d’inondation pour les personnes et pour les biens, les limitations drastiques d’activité imposées par le projet de PPRN sur le territoire des Bas-Champs pourraient être levées. La réponse a bien sûr été non : si les tenants de la dépoldérisation et les bureaux d’étude qui travaillent pour eux nous assurent de la qualité et la durabilité de cette protection, l’Etat, lui, n’a pas l’intention de les croire a priori.

Ce n’est là qu’un exemple. Les mêmes questions se posent pour la conservation du biotope. Le Hable étant situé en zone Natura 2000, serait-on autorisé à supprimer ce biotope exceptionnel pour faire entrer la mer ? Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement là d’un aval à obtenir du ministère de l’Environnement, mais de celui que devrait donner l’Union Européenne, décisive en ce domaine. A-t-on étudié ces problèmes ? Peut-être, mais nous n’en savons rien.

Comment fonctionne la compatibilité entre la protection de l’environnement et la dépoldérisation ? Faudrait-il là aussi, comme pour l’implantation des épis devant Cayeux, une « compensation », c’est-à-dire donner aux choux marins et autres gravelots 3 fois ou plus la surface dépoldérisée en la stérilisant pour les habitants. Dans le cas du scénario 4 cela représenterait près de 3500 ha : où les prendre, à qui, et qui paierait ?

Lorsque des huttes de chasse ne pourraient pas être maintenues, cela en concernerait des dizaines, pourra-t-on les réimplanter ailleurs, par exemple dans une autre commune, ce qui, en l’état, est impossible ? Encore, comment la DPM et plus généralement la loi littoral permettraient-elles les implantations d’activités économiques nouvelles, telles qu’imaginées par les exposés, ou encore la mise en œuvre de circuits et d’équipements touristiques ?

Ces questions d’ordre juridique, mais qui vont bien au-delà, ont pu apparaître jusqu’ici comme des détails secondaires qu’il sera toujours temps de traiter lorsque les travaux commenceront. Elles sont, à nos yeux, essentielles et préalables. Leur prise en compte et leur résolution sont indispensables pour que l’on puisse élaborer de façon responsable un avis sur les différentes hypothèses avancées par le projet et pour que, le cas échéant, cette dépoldérisation ne soit pas, si elle se faisait, une agression contre les habitants et tous les pratiquants de ce territoire.

5 – Incertitudes économiques

Les dimensions économiques du projet nous semblent traitées, telles que présentées dans l’exposé, avec la même désinvolture.

C’est d’une part la question des compensations. Il a été noté par un participant que les valeurs attribuées a priori aux huttes qui devraient être rachetées étaient fortement sous-évaluées. Par ailleurs, on a considéré, pour évaluer les compensations financières liées aux pertes de terres agricoles, la seule valeur patrimoniale des terrains, des équipements et des habitations. Qu’en est-il des emplois qui seraient perdus en cas de dépoldérisation par ceux qui, jusqu’ici, les occupent comme exploitants ou comme salariés ? Comment seraient prises en compte les conséquences matérielles et sociales de ces pertes pour ceux qui les subiraient ?

Le sentiment de voir la complexité et les coûts des compensations sous évalués amène une interrogation en forme d’inquiétude. Si l’on prend comme repère le scénario 3, qui n’est pas le plus coûteux, on en est déjà, dans ce cadre sous-évalué, à 15 M€. Qui les paiera ? Et qui paiera le surplus très probable. A moins que l’on pense déjà, ce qui ne serait pas invraisemblable, que les compensations seront minimales – voire nulles, après tout pourquoi rachèterait-on des huttes inondées ? – et donc que la sous-évaluation des pertes produites par une éventuelle dépoldérisation est tout à fait normale et peut déjà être considérée comme acquise.

L’autre aspect est celui des « opportunités de développement des activités ». On nous propose aimablement une liste d’activités « compatibles avec un fonctionnement naturel du site ». Nous avons envie de répondre : c’est bien aimable à vous ! Comme si opportunité était synonyme de réalité. En outre, certaines des activités indiquées ici, comme la chasse ou le tourisme, sont soumises à des règles ou des conditions de sécurisation qui restent à prendre en compte. Et à part le tourisme, les autres activités comme le ramassage des salicornes ou les moutons de prés salés ne conduiront pas à des développements conséquents du territoire.

Et le tourisme lui-même… Des centaines de milliers de personnes viennent chaque année observer les phoques, nous est-il rappelé. Certes, mais combien s’empressent ensuite de quitter le secteur qui ne possède pas 30 chambres d’hôtel, ou s’enferment dans leur camping-car ? Pour devenir un facteur de développent le tourisme suppose des équipements, notamment d’hébergement mais pas seulement, qui, à partir d’un pôle d’intérêt fixent quelque temps des visiteurs. Sont-ils prévus dans le projet de dépoldérisation ?

A fortiori pour les activités qui supposent la mise en place de dispositifs matériels de maîtrise de la circulation de l’eau, comme l’ostréiculture, on a le sentiment de voguer en pleine utopie. Nous retrouvons en effet les difficultés juridiques évoquées ci-avant, nous nous interrogeons sur le statut des opérateurs potentiels, la question du financement des investissements nécessaires reste en suspens, sans parler de l’évolution des marchés, etc.

6 – Incertitudes sur les coûts

Nous n’insisterons point sur cette question trop hors de nos compétences.

Mais ce serait bien la première fois, si la dépoldérisation advenait, que les coûts de réalisation de grands travaux ne dépasseraient pas dans une proportion respectable ceux estimés lors du projet. Et il en est de même pour les coûts d’entretien.

Aussi bien ne garderons nous de ces évaluations, sur ce point, qu’une donnée que l’on pouvait d’ailleurs imaginer a priori : le coût sera important et d’autant plus que la zone dépoldérisée sera plus vaste.

7 – Conclusion : étudier enfin ce que serait le maintien de la digue actuelle

Nous avons dit en commençant que l’objet de cette réunion devait être la concertation ; ajoutons que cette concertation devait conduire à évaluer différentiellement les 6 hypothèses présentées et tendre à choisir l’une d’elle. Cette demande a été renouvelée explicitement par la lettre du président du Syndicat mixte en date du 21 janvier.

Cela semble actuellement, pour les raisons exposées ci-avant, tout à fait prématuré. Il a d’ailleurs été dit à de nombreuses reprises durant la réunion, qu’aux questions posées par les participants des réponses pourraient être quelque jour apportées avec des études complémentaires (notamment durant la troisième phase de l’étude de faisabilité). Dont acte. Mais en l’absence de ces réponses, il serait irresponsable de s’engager dans un processus qui nous échappe totalement en choisissant l’une ou l’autre des directions proposées.

On se sent en effet pris dans le vieux processus, aux effets souvent dramatiques, des urbanistes et autres faiseurs de villes ou de territoires : dessinons un plan, réalisons, et on verra après comment ça se passe. On nous a présenté des plans, ou si l’on préfère des projets géographiques, mais en rien « la recherche d’un avenir » pour le territoire, les communes concertées et leurs habitants et résidents, ce qu’on pourrait appeler « un projet de territoire[4] ».

Telles que présentées, il ne semble d’ailleurs demeurer en présence que 2 hypothèses :

  • Le « laisser-faire », c’est-à-dire cesser d’entretenir la digue actuelle, hypothèse qui n’a d’ailleurs pratiquement pas été abordée durant cette réunion. Elle conduirait à l’effondrement du cordon littoral d’ici quelques années (estimées 10 ans ou plus), avec probable pénétration de la mer dans les terres. Poursuivre comme actuellement (« au fil de l’eau ») semble une hypothèse définitivement abandonnée par les organisateurs de l’étude, quoique sans concertation.
  • Les scénarios 3 et 4 (identiques à une variante près). Le scénario 1 et aussi, quoique dans une moindre mesure, le 2 apparaissent plutôt comme des repoussoirs : pourquoi faire tout cet investissement pour un résultat qui demeurerait médiocre eu égard aux objectifs poursuivis.

Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des centaines d’hectares qui seront submergés. D’un point de vue général, on ne voit pas bien comment l’intérêt national suppose la stérilisation de centaines d’hectares de terres agricoles, sans parler de la perte évidente de biodiversité. D’un point de vue local, ces solutions sont pour le moment socialement rejetées et elles nous apparaissent d’une nécessité et d’une sécurité pour le moins discutables.

Tout cela rend difficile notre adhésion au processus en cours, même si, sachant que nous avons du temps devant nous, nous continuerons à espérer que la concertation, prise au sérieux, conduise à modifier cette façon de faire et permette de passer d’un plan d’organisation physique, qu’il nous faudrait accepter ou rejeter, à un projet de territoire humain élaboré en commun et donc partagé.

*

C’est dans ce sens que nous désirons que soit mise à l’étude de façon approfondie une des hypothèses de stratégie de gestion de la frange côtière en présence qui, jusqu’ici, nous semble avoir été évacuée sans avoir été vraiment prise au sérieux : le scénario dit « au fil de l’eau », c’est-à-dire le maintien de la digue actuelle.

Jusqu’ici, cette hypothèse a été rejetée principalement pour trois raisons, évoquées de façon récurrente mais souvent rapide :

  • le coût de l’entretien de la digue, c’est à dire essentiellement de son rechargement en galets ;
  • la carence en galets à venir du fait de la forte diminution de l’apport par l’amont ;
  • la préférence, renforcée par le discours de la stratégie nationale de gestion du trait de côte, pour les « reculs stratégiques ».

La valeur de ces motifs et l’éventuelle possibilité de les dépasser n’a pas été vraiment analysée dans le cas d’espèce. Parce que cette hypothèse correspond au souhait de l’essentiel de la population du territoire et qu’elle ne nous semble pas aussi irréaliste qu’on nous l’annonce, c’est donc sa mise à l’étude de façon dynamique que nous demandons.

Association locale sans moyens techniques ou financiers, nous ne sommes pas en mesure de faire cette analyse, mais nous pouvons énoncer quelques directions offertes pour l’entreprendre et, le cas échéant, y participer à la mesure de nos possibilités :

  • Le coût d’entretien de la digue : En l’état actuel, l’essentiel de ce coût est dévolu à la zone située au Nord de l’amer Sud, laquelle devrait retrouver un régime équivalent à celui de la zone située au Sud, et donc bien moindre, après l’implantation des épis. En outre, cette partie Sud est rechargée par les carriers qui exploitent le littoral (et les carrières au Nord du bourg), comme compensation à cette exploitation. Cet accord ne pourrait-il pas être prolongé et les carriers, qui continuent d’extraire du territoire de la commune une richesse naturelle non renouvelable (les galets enfouis), être invités à continuer à participer ainsi à la protection des Bas-Champs et de Cayeux.
  • La carence en galets : Certes, l’apport naturel de galets par la mer est devenu insuffisant. Mais pour autant le maintien d’un rechargement de la digue, d’Onival au bourg de Cayeux, demeurerait possible dès lors que la ressource, les galets, serait gérée de façon raisonnée. Il ne s’agirait pas d’arrêter l’activité industrielle des carriers mais de la combiner en privilégiant l’entretien à long terme de la digue. On peut y ajouter qu’il existe d’autres sites riches en ressource, sans doute plus couteuses en transports ce qui n’interdit pas d’en étudier l’usage, tout au long de la côte normande depuis le cap Antifer jusqu’au Tréport.
  • Le discours du « recul stratégique » : Voilà longtemps que, de plus ou moins loin, on prône l’ouverture à la mer des Bas-Champs du Vimeu. Aujourd’hui, un certain nombre de facteurs de divers ordres, économiques, scientifiques, idéologiques, etc., convergent sur une vision de la nature d’autant plus naturelle qu’elle serait dépourvue d’humains, ce qui conduit à privilégier, par exemple, les choux marins et les gravelots plutôt que les jeux d’enfants[5]. Les Bas-Champs sont donc devenus, en tout ou en partie, une cible parfaite pour expérimenter, là encore de plus ou moins loin (Bruxelles, Paris, Amiens, Abbeville, etc.), ce retour naturel à la nature qui manque certainement dans les lieux où on l’ourdit. Ce n’est pas le choix des habitants et des résidents de ce territoire, lesquels aiment les lieux à la fois naturels et humains où ils vivent et qu’ils entendent, du moins autant que cela est raisonnablement possible, conserver, y compris avec leurs choux marins et leurs gravelots. Plutôt que d’envisager a priori de les détruire, en tout ou en partie, on peut étudier les conditions de leur développement, le potentiel qu’ils offrent dans différentes directions (économiques, environnementales, touristiques, sociales, affectives, etc.).

Nous demandons donc, explicitement, que cette hypothèse fasse l’objet de l’étude sérieuse qui, jusqu’à présent, a été omise. Encore faut-il pour cela qu’on sorte du simple propos technique ou d’une comptabilité mécanique, qu’on tienne compte des aspects juridiques, qu’on élabore les choix économiques ou politiques nécessaires au réalisme de l’hypothèse, qu’on pense moins en termes de solution technique qu’en termes de projet de territoire.

Nous sommes certains que, quels qu’en soient les résultats mais si le travail est fait de façon responsable et donc complète, une telle étude serait un apport considérable au processus de concertation. Elle permettrait en effet à tous, de mettre en balance de façon éclairée les différents scénarios, y compris ce dernier, essentiel, condition nécessaire pour que l’on puisse s’engager sur des évaluations et des choix et, surtout, que la décision finale soit recevable et apparaisse légitime.



[1]Créocéan, lors de la réunion « de concertation » sur le PPRN du 20 février 2012 à Cayeux.

[2]Ministère du développement durable, Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte, mars 2012, p.11.

[3]Stratégie…, ouvrage cité, p.12

[4]Voir par exemple : P. Ingallina, Le projet urbain, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 2003, réédition 2010,qui expose une méthode et des principes qui ne sont pas limités aux villes.

[5]Ce qui conduit par exemple à la décision scandaleuse d’imposer, pour compenser une éventuelle érosion au Nord de Cayeux que pourrait engendrer l’implantation des épis, de couvrir de galets une bonne part du terre-plein engazonné qui se trouve devant le boulevard de la mer, terrain de jeux des enfants, des jeunes et de moins jeunes.

 

 

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