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Contribution au colloque du 18/10/2013

Sur le projet de dépoldérisation du Hable d’Ault


Nous ne nous étendrons pas sur les aspects scientifiques ou techniques de la dépoldérisation. Nous avons déjà fait part très largement de nos critiques et de nos questionnements[1].

Rappelons seulement trois points essentiels :

-          La protection du reste du territoire des Bas-Champs et de Cayeux, qui est avancée pour justifier le projet et serait garantie par la dépoldérisation, telle que présentée, semble tout à fait incertaine et insuffisamment fondée.

-          Les coûts de l’opération demeurent dans un flou économique qui, le cas échéant, inquiète sur sa bonne finalisation alors qu’elle bouleverserait le paysage, un biotope exceptionnel, et des pratiques locales et touristiques importantes. En outre, sur trente ans, la dépoldérisation serait beaucoup plus onéreuse que la poursuite de la situation actuelle.

-          Il s’agit d’un projet purement technique, consistant à ouvrir une brèche dans la digue actuelle avec quelques mesures matérielles d’accompagnement, sans que rien n’apparaisse de sérieux qui fasse de ce projet un support de développement du territoire.

 

Pour une opération de ce genre, les raisons scientifiques et les arguments techniques sont évidemment indispensables. Mais ils ne sont pas les seuls. Il nous faut rappeler plutôt la dimension politique, qui en tant qu’association « citoyenne », nous préoccupe plus, et qui est d’autant plus indispensable que, comme vous le savez, les habitants du territoire rejettent ce projet.

Dès le début, en septembre 2011, Monsieur Masset, maire de Cayeux avait dit : « Au lieu d’une étude de “dépoldérisation”, j’aurais préféré poser la question : quel avenir pour Cayeux et les communes des Bas-Champs en fonction des nouvelles données climatiques ? »

On aurait pu partir de là, ce qui aurait signifié l’intérêt porté aux habitants du territoire et permis de leur part un possible intérêt pour le projet. On a choisi de ne pas entendre, et on a fait une étude de dépoldérisation.

En effet, la dépoldérisation était, si elle s’avérait possible, décidée. Alors on a mis en route le train technique d’un bureau d’étude et la puissance d’un organisme public d’aménagement. Du point de vue des habitants des Bas-Champs, on est parti à l’envers : non pas d’eux, de ce qui pourrait advenir pour eux, mais d’une image toute faite et d’une volonté qu’il s’agissait seulement de matérialiser. On connait le procédé : on fait des cartes qui, bien sûr, ne sont pas le territoire, mais, valent souvent plus que lui et fixent dans les esprits son profil à venir.

 

Est alors venue la « concertation » qui aurait pu être le moment de la prise en compte du politique. On nous a donné à choisir entre 6 cartes… Comment un autre point de vue que celui des organisateurs pouvait-il se faire entendre ? Il ne pouvait pas et ne l’a pas été.

Un grand nombre des participants à ce simulacre de concertation (janvier 2013) ont adressé au Syndicat mixte leur remarques, le plus souvent négatives. Elles ont été mises sur son site[2]. Très bien. Une nouvelle réunion devait avoir lieu en avril ou mai pour poursuivre… Elle n’est pas jusqu’ici à l’ordre du jour.

Il n’y a pas eu de concertation, mais seulement la pression pour que nous souscrivions à une des variantes de la solution qu’on nous impose. Ou sinon, rien. Ce qui a un autre nom que concertation.

En outre, la confiance dans ce projet a été rendue bien difficile par la façon même dont on a voulu nous convaincre de sa valeur. Par exemple, lors de la dernière réunion de concertation, on nous a « prouvé » le bien-fondé de la solution dépoldérisation : toute l’Europe (et les Etats-Unis aussi) s’y est mise. Moyenne de ces réalisations 140 ha ; chez nous il s’agit d’un millier d’ha. A tort ou à raison, la comparaison nous parait faussée. En plus, sur trois exemples qui nous étaient montrés avec photos, cartes et tout l’appareil adéquat, deux concernaient des lieux situés en fond d’estuaire, et le troisième, qui semblait plus proche de la configuration du Hable, connait une exposition aux vents et des courants marins sans rapports avec les nôtres, qui, vous le savez, et c’est la raison même d’une éventuelle dépoldérisation, sont particulièrement soignés. Cela amène à s’interroger fortement : l’étude technique a-t-elle bénéficié de la même qualité de travail que sa présentation ?

De même, sur la question importante des coûts, nous ne discutions pas – et pourtant – celui des travaux. Par contre, les prix indiqués pour l’expropriation des huttes de chasse, question stratégique dans les Bas-Champs, étaient 2 à 3 fois inférieurs à ceux pratiqués récemment. On entend alors facilement, à juste ou faux titre, que leurs propriétaires ne seront pas indemnisés du tout.

 

Le déficit de confiance est ainsi à la fois vis-à-vis de l’étude proprement dite et vis-à-vis de l’instance de « concertation ». Son poids devient majeur et bien sûr, ne concerne pas seulement la question de la dépoldérisation.

Il faut aussi situer cette initiative dans un double ensemble : d’une part des situations semblables un peu partout que chacun commence à connaître et à comprendre ; d’autre part d’autres intrusions lourdes dans le territoire des Bas-Champs et de Cayeux.

Des situations semblables, il suffit d’aller dans la commune voisine, au bout des Bas-Champs, Ault. Certes les problèmes ne sont pas les mêmes, mais la façon dont ils sont traités est peu différente de ce que nous connaissons ici, avec les mêmes réactions de rejet de la part des Aultois. Ailleurs, on rencontre ici et là des gens qui subissent aménageurs et autres fabricants de Grand Sites contre les habitants de ces lieux. Fausses concertations, élus piégés par le jeu des subventions et des organismes d’aménagement qui les dépossèdent de toute autonomie, habitants criant en vain leur colère, puis qui parfois, désolés, en viennent à quitter un territoire conquis par d’autres et soumis à des modèles imposés. Bien sûr, ces sites deviendront bien plus rentables, lorsque labellisés, aménagés, policés, normés … Tant pis pour ceux qui y vivent, ou y vivaient.

Ici, le projet de dépoldérisation s’inscrit dans une série de mesures qui convergent en un point : la dépossession du territoire. Chacune de ces mesures ne manque pas de bonnes raisons. Il faut sauver les gravelots à collier interrompu et les choux marins : du coup des dizaines d’hectares sont bloqués, interdits (sauf pour les engins d’extraction maritime des galets). Ce que vous pensiez être le territoire de la commune fait partie du domaine public maritime, fortement accru par le recul de la mer depuis quelques décennies. La ville et ses habitants en perdent donc la maîtrise. Les Bas-Champs pourraient être inondés (c’est déjà arrivé bien des fois, et la dernière fois sans aucune perte humaine) : interdiction de développer votre entreprise ou votre exploitation agricole, d’agrandir la maison de retraite ou de créer une maison médicale, etc. Depuis plus de six ans, l’essentiel du territoire est interdit de construction.

Il y a des moments ou cela frise le ridicule : suivant les bureaux d’études et les administrations qui les écoutent, la même zone est parfois en accrétion, parfois en érosion… Pour l’extraction de galets terrestres, pas de problème d’érosion. Pour le projet de PPRN, c’est l’érosion. Quand on s’y promène, on voit pourtant que le niveau du sable est monté et que de nouveaux bancs de galets s’installent. Mais ce ne doit pas être ce que dit la carte…

Parfois aussi le ridicule est atteint : pour sauver ces pauvres gravelots qui aiment les galets dont ils ne manquent guère et les choux qui semblent pourtant pousser de fort bon cœur, on va détruire une bonne partie de l’esplanade herbeuse devant Cayeux. On en fera un tas de galets, et là où jouaient enfants, jeunes et moins jeunes, on aura des gravelots et des choux…, si du moins ceux-ci veulent bien se soumettre aux oukases administratifs et venir s’installer là. On aimerait parfois que les Cayolais bénéficient de la même attention à leurs conditions de vie que les gravelots.

 

Résumons : La prévention des risques, nécessaire bien sûr, la protection du biotope (sauf celui du Hable, future victime de la dépoldérisation), tout à fait souhaitable, le respect des lois et règlements, obligatoire même s’ils datent de Colbert, voire d’avant, et qu’ils avaient été oubliés fort longtemps, tout ceci converge dans la même direction, une emprise extérieure sur le territoire, donc sur la vie des gens. Que s’y ajoute un projet vécu comme à la fois pharaonique et inutile, voire néfaste, une manip d’apprentis sorciers, ne peut que faire croître encore plus fortement le sentiment d’assujettissement et le refus.

Nous avons répété à chaque occasion, et on peut le redire une fois encore : ce dont ont besoin Cayeux et les Bas-Champs, c’est d’un projet de territoire. Plutôt qu’une opération de travaux publics, on aurait espéré que soit proposé à ses habitants par les politiques et les aménageurs un avenir possible. Que dans ce cadre, il apparaisse qu’une dépoldérisation serait nécessaire et favoriserait le développement du pays, pourquoi pas, mais ce serait un tout autre projet et une toute autre histoire.

Soulignons un dernier point : la continuité politique de toute cette affaire.

Naguère, une majorité de droite envisageait avec bonheur le déplacement de 5.000 personnes des Bas-Champs : une expérience passionnante dont ses auteurs auraient tiré sans aucun doute grande gloire. Aujourd’hui, une majorité de gauche cherche à imposer une expérience non moins passionnante bien qu’un peu moins violente dont les initiateurs tireront sans doute une notoriété renouvelée. Ne nous étonnons pas de voir monter, et très vite, l’extrémisme.


[1] En particulier notre lettre du 31 janvier 2013 au Syndicat mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard, faisant suite à la réunion « de concertation » du 14janvier, que l’on trouve sur le site du Syndicat mixte, avec l’ensemble des réactions ayant suivi cette réunion : http://www.baiedesomme.org/amenagement_territoire/concertation-sur-l-avenir-des-bas-champs-1010.html. Et aussi, antérieure : http://www.baiedesomme.org/milieuxnaturels/docs/28419L-intervention-de-Cayeux-citoyens.pdf.

[2] Indiqué ci-dessus

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